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Fleurs de Bach : origines

Précisons d’emblée deux détails : primo, Fleurs de Bach, Elixirs du Dr Bach ou Remèdes Floraux de Bach représentent la même chose ; secundo, les Fleurs de Bach sont des “remèdes” floraux que l’on doit au médecin anglais Edward Bach, et non au compositeur
Johann-Sebastian du même nom. Enfin, si vous prononcez BAK, vous passerez pour un Gallois ; si vous prononcez BEITCH, vous passerez pour un anglais. Si vous prononcez BÂCHE, vous passerez pour un âne.
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Enfance : le prélude de Bach
C’est le 24 septembre 1886 que naquit le petit Edward, précisément à Moseley, village près de Birmingham en Angleterre. Aîné de 3 enfants, précoce et très émotif, on dit que le futur docteur Bach nourrissait petit un grand intérêt pour la vaste gamme de comportement des gens, qu’il était rempli de compassion pour toute la souffrance vécue et qu’il aurait décrété dès
les bancs de l’école qu’il serait médecin. Mais il dut pour d’obscures raisons dissimuler cette vocation à son père : il quitta donc l’école à 16 ans et vint travailler à la fonderie familiale de cuivre, trois années durant. Mais Edward n’était pas très costaud. En 1906, son père l’autorisa enfin à faire ses études médicales, à la faculté de Birmingham puis à l’University College Hospital (UCH) à Londres.
Bien que passant peu de temps sur ses livres, et persuadé que son intuition personnelle surpassait les connaissances disponibles en librairie1, il décrocha en 1912 un double diplôme au Royal College of Surgery et au Royal College of Physicians, puis le diplôme de médecin et de chirurgien de l’UCH, et enfin, en 1914, celui de Santé Publique de Cambridge. Il se mit donc à la tâche en milieu hospitalier, en tant que médecin au service des urgences de l’UCH en tant que chirurgien au National Temperance Hospital, avant d’ouvrir en 1913 un cabinet dans la très chic Harley Street. La même année, il épouse Gwendoline Caiger, à Hendon, dans le
Middlesex2. Puis il évite, grâce à sa santé précaire, l’écueil du service militaire en pleine guerre mondiale et devint en 1915 assistant en bactériologie à l’UCH.
Débute alors une aventure qui revêtira à la relecture tous les oripeaux du mythe.
Bach affleure : une rémission miraculeuse
Le 5 avril 1917, sa femme meurt. Quatre mois plus tard, très affecté et négligeant sa propre santé, il s’effondre épuisé dans son laboratoire, et sombre dans le coma des suites d’une hémorragie. D’après certains biographes, ses collègues en auraient alors profité pour lui retirer une tumeur cancéreuse… à la rate, ce qui force la logique. Quoi qu’il en soit, vrai ou pas, on ne lui donne plus que quelques mois à vivre. Mais Bach n’est pas n’importe qui : regroupant ses dernières forces, il sort de son coma, revient à lui, se hisse chancelant sur ses maigres mollets et décrète malgré ses souffrances et son affaiblissement de consacrer sans relâche les jours qui
lui restent à vivre à son œuvre cachée : sa méthode de soin naturelle « globale » ! Mais le plus surprenant est encore à venir : c’est dans cet effort ultime, dit la légende, qu’il prend conscience du repli de ses propres symptômes et de sa santé revigorée. On raconte qu’il recouvra, grâce à
ses forces spirituelles et à son état psychologique « positif », toute sa vigueur au bout de 3 mois.
L’hagiographie est déjà en branle.
Bach élite : psore et nosodes
En 1919, il est en pleine forme. Son hôpital venant de lui interdire de cumuler son activité hospitalière et sa clientèle privée, il entre au London Homoeopathic Hospital et se penche sur la doctrine de Samuel Hahnemann. C’est notamment le fameux ouvrage Organon qui attire son regard. Il y trouve une rigueur de pensée très proche de la sienne : on y soigne avec elle des malades plutôt que des maladies4. Une notion, surtout, séduit Edward : la Psore, qui désigne dans le système de Hahnemann une sorte de maladie chronique, un genre de prurit ou de gale qui serait du à un défaut dans la capacité du corps à s’auto-guérir. Sans rentrer dans le détail,
cette psore déclenche chez Bach un raisonnement analogique fort captivant.
Elle ressemble étrangement aux pathologies bacillaires intestinales qu’avait étudié Bach à l’UCH quelques années plus tôt. Etudiant
l’influence de ces bacilles sur les maladies chroniques, il avait émit l’hypothèse qu’il existât une corrélation entre la personnalité de ses patients et les bactéries qui grouillaient dans leurs entrailles, et en avait déduit une causalité forte avec leurs maladies chroniques. En découvrant que pour Hahnemann existait aussi une corrélation entre certaines maladies chroniques et les poisons intestinaux, bon sang mais c’est bien sûr : c’est la personnalité qui fait la maladie.
Il élabore alors de ce qu’il appellera plus tard les « 7 nosodes de Bach», sortes de vaccins homéopathiques
destinés à purger de leurs toxines les malades.
Administrés par voie buccale, crées à partir d’excrétions infectées et de secrétions malades (fèces, urine, pus, sang, cheveu, salive, liquide céphalo-rachidien, tissu d’organe nécrosé), ces nosodes sont bigrement appétissants. Chacun est censé purifier les intestins d’un des sept groupes de germes intestinaux isolés par Bach, puisque, comme le veut la tradition, similia similibus curantur – les semblables sont guéris par les semblables.
Bien que le dégoût soit atténuée par les hautes dilutions homéopathiques (cf. Chapitre II), il faut se pincer pour concevoir que ces nosodes soient encore vendues… .Bref, tiraillé entre sa fonction hospitalière, ses consultations privées et son laboratoire à Park
Crescent, Bach renonce à son poste à l’hôpital et se consacre pleinement à sa recherche, avec une certaine reconnaissance : il avance l’hypothèse d’une relation entre la toxémie intestinale et le cancer, qui fera l’objet de plusieurs conférences7. Il publie deux ans plus tard « la maladie chronique, une hypothèse », avec son collaborateur C. E. Wheeler8. Mais c’est en 1928 qu’il assoit le fondement de sa postérité.
C’est lors d’un dîner franc-maçon9, rapporte Nora Weeks, qu’il se convainc que l’humanité résume la gamme des états psychologiques possibles à un nombre de sept10. Mieux, il croit dur comme fer que les états “psoriques” auxquels il s’est attelé sont forcément liés à des principes actifs naturels, a priori végétaux, susceptibles d’aider les malades à vaincre leurs mauvais états psychiques et donc à s’auto-guérir. L’objectif ultime du Docteur ? Parvenir à prescrire en se basant uniquement d’après les caractères de ses patients, sans même avoir recours à l’analyse biologique de leurs bacilles. Grosso modo, savoir ce qu’il leur faut… en les regardant !
Bach au bocage
Au cours de ses voyages dans la campagne galloise, il se lance dans l’étude des plantes qu’il trouve, subodorant chez les fleurs les principes actifs qu’il cherche. Selon lui, la fleur est la quintessence11 de la plante, regorgeant de toutes les propriétés curatives de celle-ci, à tel point qu’un esprit entraîné et hypersensible comme le sien peut ressentir les vibrations des pétales
rien qu’en les déposant sur la langue : il parvient à entrer en résonance avec le message des fleurs. Comment ne pas le croire : il aurait déjà guéri des gens par son simple regard ou par l’imposition des mains, et il est sujet à des visions extatiques comme le suédois Swedenborg, ce qui, tout bien réfléchi, est assez inquiétant13. En outre, preuve ultime, les chiens et les oiseaux
l’aiment particulièrement14, argument un peu, disons, léger. Par ailleurs il croit dur comme fer en la réincarnation, il est persuadé d’avoir été guérisseur durant ses précédentes vies, et c’est, selon Weeks, un sacré caractériel. Tous les paramètres sont réunis pour que Bach se sente investi d’une mission salutaire dont rien, désormais, ne le détournera plus.
En terme de fleurs, il choisit d’abord l’Impatiente, (on le serait à moins) puis la Muscade et la
Clématite. Pourquoi ? Pour leurs “qualités énergétiques” ! Ensuite il prépare ces plantes comme il le faisait pour ses nosodes, et constate que lorsqu’il prescrit les drogues à des patients présentant des caractères déterminés, il obtient des résultats… stupéfiants! Par exemple, pour des raisons sur lesquelles nous reviendrons, il aurait administré ses décoctions d’Impatiente à
des patients souffrant… d’«impatience avec les choses ou les personnes qu’ils jugent trop lentes» (cf. Typologie) ; de même, il aurait prescrit le Mimulus aux patients atteints de peurs maladives qui les empêchent de passer à l’action dans la vie quotidienne. Les résultats sont bien entendu immédiats et surprenants. On n’en saura pas plus.
Dès lors, il n’a de trêve de découvrir tous les types de caractères et leurs remèdes correspondant parmi les fleurs. Pour ce faire, il doit évidemment se mettre au vert : fini le cabinet, il quitte Londres en mai 1930 pour s’installer au coeur du pays de Galles, dans le Norfolk, près de Cromer. Puis il s’atèle à la tâche et arpente en long et en large les bocages, exerçant sa fameuse
hypersensibilité qui, selon ses disciples, lui permet de ressentir dans les sommités florales l’affinité vibratoire fréquentielle rectificatrice des affects émotionnels archétypiques perturbés dont la nature humaine est ponctuellement imprégnée18. Evidemment, dit comme ça, c’est impressionnant.
Bach terrien – une recherche compliquée … de simples
On raconte dans les chaumières qu’un matin des années 20, une idée lui vient à l’esprit :
chaque goutte de rosée chauffée par le soleil doit contenir toutes les propriétés vitales et curatives de la plante sur laquelle elle se trouve !19 Inutile de tenter de l’en faire démordre, le Dr Bach est un opiniâtre, qui plus est irritable. Il se rend quand même compte que la collecte de la rosée est un peu laborieuse, alors il décrète que faire macérer la plante au soleil, en plein
milieu d’un champ, dans un bol rempli d’eau, donne le même résultat. Et miracle : il constate qu’après le temps de solarisation nécessaire, l’eau se retrouve imprégnée de la même… force vitale que la plante. Le tour est joué.
Le Dr Bach ne dit pas ce qu’est cette force vitale, mais grâce aux résonances qui le taraudent, il distingue 6 nouvelles fleurs, puis publie en 1931 son livre-phare, dont le titre résume sa théorie: « Heal Thyself – An Explanation of the Real Cause and Cure of Disease »20, qui paraît
à Londres.
L’année suivante il monte le nombre à 12 « simples »21, connus sous le nom des « 12 guérisseurs » : l’Impatiente, la Muscade, la Clématite, l’Olivier, la Vigne, l’Aigremoine, la Chicorée, la Centaurée, le Plumbago, la Gentiane, l’Hélianthème et l’Alène” (à condition
qu’elle soit fraîche) dotées, selon lui, de propriétés curatives extraordinaires.
Au cours de l’été 1932, il complète sa gamme avec les « 4 aides » contre les états persistants :
Ajonc, Chêne, Bruyère et Eau de roche, (cette dernière étant… de l’eau de source !). C’est également le début de ses démêlés avec le Conseil de l’Ordre des Médecins, pour acte de publicité dans les journaux locaux.
A l’automne de 1933, il publia son livre “les 12 guérisseurs” et créa le fameux remède de secours appelé Rescue – ou Rescue Remedy – destiné aux personnes victimes d’un choc violent.
Il l’aurait testé, avec seulement 3 des 5 ingrédients définitifs, pour ranimer un marin naufragé.
Fin d’existence : le mort Bach
En 1934, il part s’installer définitivement à Sotwell, petit village près de Wallingford à 15 Km d’Oxford, dans une maison appelée Mount Vernon : il y passera les deux dernières années de sa vie, à la recherche des vingt deux remèdes qui lui manquaient,
dont 2 plantes étrangères : la Vigne de Suisse et l’Olivier d’Italie. Pour l’anecdote miraculeuse, en mars 1935 il connaît, d’après Prouzet, une crise de sinusite avec hémorragie, tellement douloureuse qu’il envisagea de mettre fin à ses jours.
Heureusement il découvrit le Prunus qui le guérit en 24 heures.
Au total, 38 fleurs. Pourquoi 38 ? Aucune explication à cela. Il est aidé par Nora Gray Weeks, son assistante, et par son ami Victor Bullen. Mais il faiblit. Son corps ne lui facilite pas la vie :
ulcères aux jambes, fortes migraines, grande consommation de tabac… En octobre 1935, il doit s’aliter.
Désormais, fort de ses 38 fleurs, il sait qu’il ne lui reste plus rien à découvrir24. Alors, plein du sentiment du devoir accompli, Edward Bach s’abandonne et s’éteint à 50 ans, le 27 novembre 1936. Certains auteurs rapportent qu’il brûla tous ses écrits afin de ne pas laisser subsister de sources potentielles de confusion25, et qu’il ne laissa pour toute fortune que 50 livres sterling, – ce qui en fait un Bach chiche. Mais il laisse un héritage spirituel considérable26… et surtout le Mount Vernon, qui sera une mine d’or pour ses héritiers. Cette maison, prenant vite le nom de Bach Center, se consacrera à la production des élixirs floraux et les teintures-mères selon les
procédés d’origine, et sera l’objet d’une dérive monopolistique flagrante (cf. Annexe). Le mythe de Bach est dorénavant forgé.


One Comment

  1. Parmentier
    Posted 1 décembre 2011 at 21 h 26 min | Permalink

    Merci pour cette ballade historique sur les Fleurs du Bach 🙂

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